Échos de Japonie !

 

La bonne terre nipponne est bien sûr favorable à l'apprentissage du shiatsu, mais tellement plus encore!
Permettez-moi de relayer quelques informations ou l'un ou l'autre épisode de mon quotidien dans ces "
échos"…


Bien amicalement de Tokyo
Daniel

 

 

 

LA FÉE DU SENTÔ (septembre 2015  2/2)

 

Le sentô, bain public de quartier (1), est un haut lieu de convivialité qu'on ne souhaite pas voir disparaître! On s'y savonne confortablement (avions-nous déjà expliqué), dissout tous les petits soucis dans l'eau chauffée à point, déguste le bonheur de se dénuder corps et âme...

 

À l'entrée du vestiaire c'est le bandai-san qui vous accueillejuché sur le bandai (petit comptoir mitoyen en bois), les yeux plus ou moins rivés sur le poste de télé fixé quelque part en hauteur entre le vestiaire des hommes et celui des femmes. C'est un senior en général (a priori moins enclin au voyeurisme) qui occupe ce poste original avec vue plongeante sur les deux vestiaires et, sur l'arrière, les deux salles de bains.

L'affaire est moins banale quand le bandai-san n'est pas une grand-mère ou un papi mais une jeune femme souriante, timide, s'excusant presque de se trouver là à scruter malgré elle la nudité des clients. Cette déesse du sentô officie régulièrement au Mago no yu ("Bains des Petits-enfants"), un des deux derniers furo-ya (2) de ma bonne ville de Kokubunji (120.000 habitants, métropole de Tokyo).

Continuant à espérer que ma pâlotte peau de gaijin-san (3) n'attire pas trop la curiosité de la belle, je me suis en tout cas agréablement habitué à son sourire, et lui ai même découvert d'autres qualités.

 

Derrière son innocente timidité se cache en effet une étonnante poigne pour faire régner l'ordre dans la boutique. Un jour elle n'a pas hésité à débouler dans la salle de bain pour engueuler comme il faut un papi qui avait décidé de se raser assis à califourchon sur la murette du bassin, une jambe dans le bain, sa petite cuvette à peine en équilibre sur la murette. L'outrage a immédiatement cessé : le vieux dûment rappelé à l'ordre regagne penaud son tabouret en cachant d'une main son zizi avec sa serviette (4).

Autre scène cocasse, autodisciplinaire cette fois-ci, lorsqu'un un grand-père signifiait vivement à un gros bonhomme qui s'apprêtait à s'immerger dans le bassin qu'il avait encore du savon au derrière : "O-ketsu ni sekken tsuite ru yo!" (5).  Car on ne plaisante pas avec la qualité de l'eau du bain qui doit rester irréprochable jusqu'au dernier client!

 
L'endroit ne manque pas non plus de romantisme. Quoi de plus attendrissant que la femme, ou le mari (parfois accompagné-e d'un ou plusieurs bambins) qui appelle benoîtement, d'une voix plus ou moins chantante, son conjoint par-dessus le mur de séparation des deux bains pour savoir "s'il a fini" ou "s'il va bientôt sortir" ?...

 
Au sentô de quartier la toilette devient un moment privilégié de délassement. Ambiance bon enfant garantie, avec parfois un sketch digne du meilleur kabuki, des brèves de vestiaire, un échange avec un sympathique anonyme, le gracieux sourire d'une fée perchée… Tout ça pour 460 yens (4.200 yens le carnet de 10 entrées). On a hâte d'y retourner!

 

(1) Sentô : Litt. "eau chaude payante".

(2) Synomyme de sentô. Furo : bain ; ya : suffixe qui désigne un commerce ou le commerçant lui-même. Par exemple sushi-ya signifie restaurant de sushis ou chef spécialisé dans les sushis.

(3) Gaijin (litt. "personne de l'extérieur") désigne les non-Japonais et plus particulièrement les étrangers occidentaux. San, suffixe honorifique, vient atténuer la nuance péjorative implicitement perceptible dans le terme sec.

(4) Serviette fine taille essuie-main qui sert à se laver puis à s'éponger après le bain. On aura pris soin de laisser la serviette de bain au vestiaire (avec les vêtements) pour le séchage complet.

(5) o : préfixe honorifique ; ketsu : fesses ; sekken : savon ; yo : particule interjective.

 

 

ONSEN ET SENTÔ (septembre 2015  1/2)

 

61.568 centenaires nippons (dont 78% de femmes), nouveau record battu nous dit-on aux infos du jour (11 septembre 2015). Il y a quoi qu'il en soit beaucoup de talent dans cet art de vivre, à Tokyo comme en province où il est bon de s'évader de temps à autre.

 

La péninsule de Izu, à une centaine de km au sud-ouest de la capitale, compte de nombreuses villes balnéaires et thermales où l'on se rend facilement. Se plonger jusqu'au cou dans un ONSEN (1) est — tout comme le shiatsu — un plaisir aussi exquis que salutaire!

 

Authentique ressourcement que viennent chercher le plus souvent possible les citadins, ne serait-ce que l'espace d'un week-end ou d'une seule journée, dans les très nombreux hôtels thermaux ou établissements spécialisés dédiés avant tout au confort et au bien-être. 

Ces bains onsen, le plus souvent intérieurs et extérieurs, offrent toujours une vue apaisante sur un cadre naturel : jardin paysager, morceau de montagne, ou  encore le littoral à perte de vue comme dans cet hôtel de Atami (péninsule de Izu) où j'ai brièvement séjourné récemment.

 

La surface de l'eau du bassin de pierre (extérieur) dans lequel vous êtes immergé se prolonge à l'infini dans l'océan... Il n'y a plus qu'à se laisser fondre en contemplant les curiosités de la baie, ou les vagues qui scintillent au loin sous le soleil, ou la lune, car l'accès aux bains est possible à toute heure, sans surveillance particulière — privilège d'un environnement préservé de toute dégradation ou nuisance gratuite!

 

On se sera préalablement savonné des pieds à la tête dans l'un des espaces individuels réservés à cet effet à proximité des grands bassins : confortablement assis sur un petit tabouret (aux commandes d'une robinetterie astucieuse, tous les produits et ustensiles d'hygiène à portée de main) on est plus enclin à prendre son temps. La méthode japonaise transforme judicieusement les ennuyeuses ablutions en un moment privilégié de soins du corps et de délassement.

Délassement également favorisé par la nudité (non mixte, désolé!) de rigueur : libération totale des chakras garantie, humble dénuement pour mieux encore entrer en sympathie avec l'âme japonaise! 

 

Bien qu'alimentés par de l'eau ordinaire, les bains publics de quartier SENTÔ offrent pareillement l'agrément d'un grand bassin, un peu plus chaud (42° environ) que la moyenne des bains onsen. Pittoresques bains de quartier malheureusement en voie de disparition alors que tous les logements sont actuellement équipés d'une salle de bain moderne (dotée en principe d'une baignoire profonde de forme cubique avec un écoulement au sol pour la toilette assise).

 

J'ai donc de la chance d'avoir deux authentiques sentô pas trop loin de chez moi. L'architecture traditionnelle en bois, les grandes peintures murales et l'aménagement rustique, pleins de charme désuet, rehaussent la convivialité naturelle de ces endroits qui vous attachent à votre quartier.

L'accueil d'un des deux établissements est d'ailleurs assuré à certaines heures par une délicieuse bandai-san (la personne juchée sur le petit comptoir qui domine les vestiaires), touchante de grâce et de délicatesse… douce fée du sentô dont nous reparlerons prochainement!

 

Et le shiatsu là-dedans?... Très indiqué après le bain!

Des séances sont proposées dans tous les hôtels et établissements thermaux, le plus souvent cependant sous les dénominations hogushi (assouplissement), temomi (pétrissage manuel), rirakuzêshon (relaxation), bodî-kea (body care), etc., qui n'exigent pas au regard de la loi l'emploi de professionnels diplômés (2).

 

(1) Bain thermal japonais (litt. "source chaude") réputé pour ses propriété thérapeutiques ; le terme onsen peut désigner la source, le bain ou encore la ville d'eaux. Pas de système de prescription médicale ou de prise en charge par la sécu.

(2) La pratique du shiatsu est ainsi souvent masquée sous de très diverses appellations, répondant au terme générique de massâji (massage), qui désigne au Japon une prestation essentiellement à base de techniques de pressions, pratiquée sur les vêtements, correspondant au goût et à la demande majoritaire locale.

Le mot massâji n'est employé dans le sens restreint de "massage occidental" que lorsqu'il est opposé aux termes shiatsu ou amma, ou dans le cas du "massage aux huiles", oiru massâji.

 

 

LE CLIENT EST UN DIEU  (août 2015)


Nous voici au cœur de l'été avec des températures (un peu exceptionnelles en ce moment) avoisinant les 35° et un fort taux d'humidité.

Chaleur lourde qui n'engourdit
cependant en rien l'activité économique. Le disque dur des autochtones, certes un peu rafraîchi par la clim, continue de tourner au même rythme en été, à l'exception de 3 ou 4 jours autour du 15 août pour la fête du Obon (1).
Pouvoir compter sur tous les services, toute l'année, en qualité et en ponctualité, est un des miracles japonais les plus précieux. Atmosphère de confiance confortée par une délinquance et une criminalité extrêmement réduites (il se passe en fait des mois ou des années sans que vous ne détectiez rien d'anormal dans la rue, dans les transports...) ainsi qu'une naturelle propension à l'amabilité. Ce qui est loin d'être banal.... En fait proprement surhumain au vu de la situation des grandes villes européennes par exemple.
 
Difficile d'être mieux servi qu'au pays du shiatsu, disions-nous. Le client soi-disant "roi" dans certaines contrées est tout bonnement un "dieu" dans l'archipel, comme l'indique la formule populaire O-kyaku-sama wa kami-sama! (2). Accueil, diligence, savoir-faire, sens du détail sont des valeurs déjà assidûment cultivées dans le moindre bouiboui.
Ce qui ravit également le touriste étranger qui s'étonne de bénéficier de tant d'attentions délicates, celles-là mêmes dont il est habituellement frustré chez lui.

Pousser la porte de la boutique d'un coiffeur de quartier vous fait par exemple basculer dans un monde insoupçonné de délicieuses prévenances. Je garde le souvenir ému (qui remonte au début de mon premier séjour au Japon, en 1980) d'un mignon plateau noir garni de suédine rouge que m'avait immédiatement tendu le coiffeur pour que j'y dépose mes lunettes. Y a-t-il un geste plus agréable et efficace qu'un porteur de lunette puisse espérer d'un coiffeur?!... Bien installé dans le fauteuil — vos lunettes bien en sécurité — laissez-vous aller au régal des serviettes chaudes délicatement posées sur le menton, les joues, le front. Les muscles du visage en avaient besoin, ils retrouvent le sourire. Le massage final des épaules, par une main qui n'a rien à envier à celle d'un amma-san ou d'un shiatsu-shi expérimenté, parachève royalement la prestation rasage et coupe. Pas tout à fait d'ailleurs, la petite serviette humide (très chaude ou fraîche) qu'on vous tend juste avant le départ de la boutique vous permet une ultime purification du visage et des mains. Vous êtes venu pour une coupe et repartez en fait guéri de votre stress, frais comme une rose, net jusqu’au bout des ongles, zen, pacifié...

Même si vous poussez la porte d'un coiffeur "à 1.000 yens" (salons masculins low cost de plus en plus nombreux) qui doit régler votre affaire en quelques petites minutes, vous aurez tout de même droit au tonitruant Irasshaimase! ("Iras-shaïmassé!", "bienvenue!") entonné en cœur par tout le personnel et (à défaut du plateau en suédine) au moins à un étui pour vos lunettes! Et si vous demandez un shampoing (pour 500 yens de plus, réalisé selon la coutume du pays après la coupe et en penchant la tête en avant) on ne manquera pas de vous demander "s'il n'y a pas d'endroits qui vous grattent", de manière à les pétrir plus précisément le cas échéant! (3)

Au dernier salon de coiffure low-cost où je suis allé on m'a même fait cadeau du superbe peigne avec lequel j'ai été coiffé. Très attachant pays!


Demain 4 août retour en Gaule pour quelques jours (stage à Pont-Aven shiatsu et moxa avec Okamoto sensei).
 
(1) Obon : fête dédiée à la mémoire des ancêtres, principale occasion de réunion familiale, avec le nouvel an
(2) Kyaku : client, invité ; kami : dieu ; o : préfixe honorifique ; sama : suffixe honorifique
(3)  On vous pose la question systématiquement, même si une réponse positive du client est rare.

 

 

KATAKORI (juillet 2015  2/2)


Le katakori (contracture chronique des épaules) est donc le symptôme le plus fréquemment évoqué par nos patients. Katakori souvent associé à une plainte de lombalgie chronique, la personne annonçant alors parfois d'emblée un laconique "kata - koshi!" ("épaules - bas du dos!") quand on l'interroge sur le souci majeur du jour.  Les tensions ou douleurs du cou complètent le trio de tête des plaintes.

Les Japonais sont souvent demandeurs de pressions bien fermes, voire fortes, au niveau du cou, zone fréquemment truffée de nœuds plus ou moins compacts. J'ai eu récemment sous les doigts le cou mince d'une jeune fille émaciée qui travaille sur ordinateur toute la journée, un cou chétif mais presque aussi dur que du verre par endroits. La personne réclamant par ailleurs un shiatsu bien appuyé, qui lui fait le plus de bien dit-elle. À travailler donc avec la juste puissance mais sans meurtrir bien sûr, en recherchant comme il se doit le meilleur dosage et en faisant préférablement des va-et-vient avec les autres parties du corps.
 
Parmi les autres troubles fréquents qui motivent les séances de shiatsu de nos patients : fatigue chronique, douleurs/raidissements musculaires ou articulaires divers, céphalée de tension, migraine, fatigue oculaire, insomnie, troubles digestifs, état grippal…
 
Les renseignements recueillis auprès du patient et le suivi du traitement sont consignés sur une fiche médicale personnelle succincte à l'Itô-shiatsu de Shinjuku. Aucun registre médical par contre à l'Itô-shiatsu de Ikebukuro.
 
Patients disions-nous mais le terme de clients conviendrait également car à l'Itô-shiatsu, comme dans la plupart des cabinets concurrents, les personnes achètent une prestation de durée déterminée. À nos cabinets la demande est modulable par tranche de 15 minutes, à partir de 15 min. (faible demande), la demande la plus fréquente se situant entre 30 et 90 min. Bien que minoritaire il y a également une clientèle pour des séances de 120 min., des gens plutôt surmenés, pour certains physiquement et mentalement boro-boro (1) dirait-on en japonais de façon imagée, c’est-à-dire "en vrac"… Leur "résurrection" (au moins temporaire) grâce au shiatsu n'en est que plus spectaculaire!
 
Question tarif il faut compter en gros 1.000 yens (environ 7,5€ au cours actuel) les 10 minutes. L'Itô-shiatsu offre en outre une réduction de 1.000 yens sur la première séance de 30 min. ou plus.
 
(1)  Boro-boro ("en lambeaux") qui se prononce "bolo-bolo" (le r japonais est proche du l français), est un "mot imitatif" comme le japonais en comportent plusieurs centaines en usage courant.
Les mots imitatifs japonais comprennent les giongo (onomatopées : imitatifs de sons) et les gitaigo (idéophones : imitatifs d'un état, d'une impression sensorielle, d'une action, d'une manière d'être, etc.). Cette famille lexicale particulière des giongo-gitaigo, très évocative, ne manque pas de mettre de la couleur et du relief dans la communication.
Bien que sans nuance de "délabrement" comme boro-boro, les idéophones kuta-kuta (prononcer "kouta-kouta") ou heto-heto (prononcer le h, et e se prononce entre le "é" et le "è" français) expriment également un état de fatigue ou d'épuisement. Pin-pin (en détachant le n de i : "pi-n") exprime inversement un regain de santé ou de vitalité.

 

 

SAISON DES PLUIES  (juillet 2015  1/2)

Il pleut au moins un jour sur deux en ce moment sur la plupart des régions du Japon, la norme pour le tsuyu, "saison des pluies" qui dure quelques semaines jusqu'à la mi-juillet, entre un printemps doux et un long été chaud et humide. Grâce à cette pluie fine et régulière (shito-shito en est l'onomatopée consacrée), plus fortes les derniers jours (zâ-zâ!), ni les rizières verdoyantes ni les généreux massifs d'hortensias ne manqueront d’eau…

Sauf en cas de typhon le climat n'a guère d'incidence sur la fréquentation de l'Itô-shiatsu-center où je travaille à temps partiel depuis environ deux ans et demi. Disons d'abord un mot du fonctionnement de cette entreprise. Elle comprend deux cabinets, dirigés individuellement, situés à Tokyo dans les quartiers centraux de Shinjuku et Ikebukuro (1), autour des importantes gares du même nom. Je me rends les lundis et mardis au cabinet de Shinjuku et les dimanches au cabinet de Ikebukuro, avec un traitement de faveur car on me permet de prendre des congés (normalement très réduits) assez librement notamment pour les stages que j'organise. Le personnel (tout le monde est chargé des soins shiatsu mais aussi des tâches de nettoyage et de la prise des RV au téléphone) du cabinet de Shinjuku compte six praticiens (majoritairement des femmes) dont une étudiante en 3ème année d'école de massothérapie et d'acupuncture (2), et on est dix praticiens (majoritairement des hommes) à l'Itô-shiatsu de Ikebukuro. Les effectifs sont répartis sur deux services, de 10h à 19h et de 13h à 22h, les deux cabinets étant ouverts tous les jours de l'année sauf trois ou quatre jours autour du nouvel an.
 
La clientèle est à environ 70% masculine, dont une majorité de salarymen (cols blancs "héros" de l'économie japonaise) pour la plupart victimes du fameux katakori (kata : épaules, kori : durcissement musculaire), véritable fléau national... dont on reparlera très bientôt ainsi que d'autres choses si vous le voulez bien.

(1) Tokyo, mégapole la plus peuplée du monde (35 millions d'habitants sur un rayon de 50km,  en fait un pays dans le pays) compte plusieurs gares majeures dont Shinjuku et Ikebukuro qui ont respectivement les trafics les plus importants de l'archipel (fréquentation quotidienne de 3,6 et 2 millions de passagers).

(2) Les écoles de médecine orientale japonaises agréées par le ministère de la Santé proposent notamment les deux cursus distincts "Amma, Massage et Shiatsu" et "Acupuncture et Moxibustion" que l'on peut suivre individuellement ou simultanément (3 années d'études dans les deux cas) pour préparer les diplômes d'État respectifs. Il n'existe pas au Japon de diplôme officiel de shiatsu uniquement.

 

 

RECONNAISSANCE  (juin 2015)

Le préposé d'un âge certain est en train de vider les poubelles du hall de la gare.
Arrivent mêlés à la foule deux jeunes messieurs, uniforme impeccable, gants blancs, sans doute des conducteurs du train spécial "Skyliner" qui relie l'aéroport de Tokyo-Narita à la gare de Nippori (Tokyo intra-muros) où je me trouve à point nommé.
Au passage de ses deux honorables collègues le vieux stoppe son geste machinal pour les saluer poliment, en courbant l'échine.
C'est alors que les deux hommes marquent un arrêt, interrompent leur bavardage, et n'hésitent pas à s'incliner à leur tour pour lui rendre un franc salut.
Ce genre de scène – gracieusement humaine, belle à voir! – (l'ordinaire nippon est souvent un spectacle!) n'est pas rare dans le quotidien japonais où la reconnaissance de l'autre semble un maître-mot.
On pratique dans ce pays quantité de formules de politesse et codes de bienséance assez sophistiqués, mais les gens possèdent avant tout une capacité à simplement ne pas oublier, ou ne pas se lasser, de saluer, remercier et s'excuser à chaque fois que les circonstances invitent à le faire.